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#METOONOT MAIS #METOOQUANDMEME

Le #MeToo, on en parle ?

J’ai des sentiments excessivement mitigées sur tout cela – l’écœurement face aux abus étant le sentiment prédominant – voici donc en vrac ce que cela m’inspire, avec un recul proche du néant puisque nous surnageons tous en ce moment même dans cette boue purulente.

Sentiments mitigés sur l’énoncé du hashtag, tout d’abord. “MeToo” renvoie inévitablement à “moi aussi, j’ai été victime”, ce qui me chagrine parce que, sans le vouloir, est en train de se constituer une assemblée de victimes, alors qu’il me semblerait plus juste de remettre l’accent – et donc le hashtag – sur la personne qui a commis l’abus – parce que c’est bien de cela dont on parle. Il n’est pas question de délation, mais simplement de replacement juste du centre du débat. Ce que l’on veut dénoncer, c’est l’abus, et non la perpétuation – même médiatique – d’un statut de personne abusée : je suis pour le #HimToo.

Sentiment mitigés également sur la multitude d’abus charriés par le #MeToo. Évidemment, comme tout le monde s’exprime, le #MeToo expose la multitude effarante d’abus à connotation sexuelle que les femmes qui s’expriment, ont pu vivre. Le problème, c’est qu’on ne peut pas mettre sur le même plan un geste déplacé et un viol. Cela faisant, le viol se retrouve noyé au milieu de tout cela, alors que c’est gravissime.

Sentiments mitigés sur les suites de #MeToo également : que va t’on en faire, c’est la grande question. Même si la possibilité de s’exprimer sur un réseau social est déjà un bien immense pour les femmes qui n’osaient pas forcément parler avant, que va t’on faire de tout cela ? Si cela change les mentalités, c’est merveilleux, si cela tourne au tribunal populaire avec aucune autre conséquence d’ordre juridique, judiciaire ou législatif, cela a un moindre intérêt.

Face à tant de sentiments mitigés, j’ai repris mes lectures et principalement Naomi Wolf, consultante politique, et Christina Hoff Sommers, auteur de “Who Stole Feminism?” et de “The War Against Boys”.

Je cite ces deux auteurs parce qu’elles ont des visions assez opposées sur la cause des femmes.

Je cite aussi ces deux auteurs, parce que je trouve qu’elles sont les rares, avec Mona Chollet, à écrire des choses intelligentes sur la cause des femmes.

L’une, Naomi Wolf, a écrit “The Beauty Myth” dans les années 1990 et l’a complété ultérieurement. Elle est une des figures de proue du troisième féminisme. Dans cet essai, elle explique dans quelle mesure les femmes occidentales sont soumises à la tyrannie de la beauté, que cela passe par la minceur, la jeunesse ou les images médiatiques qui leur sont renvoyées. Car une femmes se doit avant tout d’être belle, selon les canons modernes (et ce n’est pas l’Instagram d’aujourd’hui qui lui donnera tort).

L’autre, Christina Hoff Sommers, a fortement critiqué les positions de Naomi Wolf, car elle est dans un courant plus égalitaire, en contre de la troisième vague féministe, trop victimaire à ses yeux.

Honnêtement, je trouve qu’elles ont toutes les deux raisons, et que la vérité se trouve – comme souvent – au milieu.

Je trouve que les femmes peuvent traitées comme des citoyens de seconde zone, mais je suis pour autant dans une optique résolument égalitaire et équitable, comme je l’ai déjà exprimé ici.

Car je crois sincèrement que changement viendra – aussi – des femmes, qui se mettront d’elles-mêmes sur un pied d’égalité, mais qui sont parfois aujourd’hui encore leur propre ennemi, parce que certaines (et je dis bien : certaines) tentent à tout prix de rentrer dans les cases pré-établies, même sous couvert de féminisme (Hello Femen ? Hello Emily Ratajkowski ?).

Je sais que je radote, mais certaines femmes sont vraiment leur propre ennemi (ouvrez Instagram deux secondes). Elles se mettent en scène dans des positions et des tenues (quand il y en a) excessivement sexualisées, et se réduisent d’elles-mêmes à une seule dimension : la dimension purement et brutalement sexuelle et consommable, car elles le font tout en sachant qu’elles entrent dans les canons de beauté actuels. Là où ça deviendrait intéressant, c’est si une femme, plusieurs femmes étaient applaudies pour leur beauté et reconnues socialement alors même qu’elles sont à l’opposé des canons de beauté actuels.

Instagram est un phénomène social, mais il reste un épi-phénomène par rapport aux abus qui se perpètrent dans la vie réelle.

Tant que les mentalités, la législation et les tribunaux ne changeront pas, il ne se passera rien. Le changement, ce n’est peut-être pas maintenant, mais cela vaut la peine de travailler pour les générations futures. Les mentalités ne changent que forcées par des prises de positions affirmées au niveau législatif, et ne se traduisent qu’à travers l’éducation.

Lorsque l’on cessera d’éduquer les petites filles à être avant tout et tout d’abord “jolies”, ça ira déjà mieux.

Combien de fois ai-je entendu à propos de ma fille “Qu’elle est belle !” (en première phrase, et devrais-je ajouter : en unique phrase), devant mon fils ultra-sensible en train de se désagréger intérieurement en se demandant “Mais alors moi, je suis moche ?”.

Combien de cartons d’invitations à des anniversaires ai-je reçu pour ma fille, où il était trop souvent mentionné “Déguisement : Bal des Princesses” ? A 3 ou 4 ans, je trouve ça un peu rude, et je ne peux que sourire lorsque je vois ma fille déguisée en Spiderman (son choix, pas le mien) au milieu de quinze petites filles invariablement déguisées en Reines des Neiges.

Combien de fois ai-je vu des personnes parler normalement à mon fils de 7 ans pour se tourner ensuite avec une voix totalement différente et gâteuse vers ma fille de 4 ans ?

On valorise chez la petite fille la joliesse, la gentillesse, l’empathie, l’obéissance. On valorise chez le petit garçon l’intelligence, la force physique, l’agilité.

Depuis quand ?

Depuis la nuit des temps.

Les femmes, avant l’érection d’une religion prédominante et non-païenne, étaient toutes aussi aptes à la guerre et à la chasse que les hommes : Alain Testart, anthropologue, l’a assez démontré dans son essai “L’Amazone et la Cuisinière, Anthropologie de la division sexuelle du travail”.

Seule l’érection d’une religion prédominante (au hasard, historiquement, le catholicisme, en ce qui concerne la France), force d’organisation sociale, peut expliquer le ravalement de la femme à un statut moindre. Il fallait à la fois contrer l’incompréhension totale face à un phénomène inexplicable et affolant, car touchant à la nature même de l’intégrité humaine : le saignement menstruel. Il fallait aussi sécuriser la stabilité sociale dans son plus petit commun dénominateur : l’unité familiale et la lignée. Comment s’assurer que l’héritier est bien le sien, lorsque l’on est homme à une époque où la médecine n’existe que vaguement, sinon en ayant la plus grande mainmise sur celle qui porte la vie ?

De là est né le patriarcat. De là est né l’idée que la femme, pas totalement égale, pouvait être ravalée à un simple objet de consommation. Consommation sociale – femme-trophée, consommation sexuelle – car moins forte physiquement, consommation sexuelle encore – car c’était bien le premier devoir d’une épouse que de donner des héritiers.

Elle est encore consommée, c’est cela que hurle le mouvement #MeToo. Au-delà du mouvement et de ses tristes illustrations, c’est bien de cela dont il s’agit : la consommation de la femme, le dénominateur commun étant toujours l’aspect sexuel (la femme et le sexe, de quoi faire dix thèses, en sociologie, en anthropologie, en psychologie). Il n’est plus question de statut juridique, de droit de vote, de devoir conjugal pour assurer une lignée. Il est question aujourd’hui d’objetisation sexuelle, renforcée par une force physique amoindrie par rapport à l’assaillant.

Sentiments mitigés enfin, lorsque j’en parle avec mon ado chérie. Tout bêtement parce que je ne puis en aucun cas participer à ce mouvement, n’ayant jamais connu de situation d’abus sexuel.

Tout au plus des situations un tantinet embarrassantes (enfin, surtout pour l’homme en face de moi, finalement) découlant d’avances non souhaitées et vite ravalées d’un œil noir ou d’une phrase foudroyante.

Lorsqu’à 20 ans, on a essayé, dans un cadre professionnel, de me faire rougir par des blagues salaces, j’ai rétorqué très sérieusement avec des blagues encore plus salaces et ce n’est pas moi qui rougissait, finalement.

Lorsque, alors collaboratrice, un associé s’est cru permis de m’embrasser sans préavis, ma seule réponse a été un coup de poing dans l’estomac (j’ai une très bonne droite. Et une très bonne gauche aussi. Je suis ambidextre des poings).

Lorsque, femme plus mature et en pleine négociation d’un financement, on m’a fait du pied sous la table (en ayant préalablement eu la délicatesse d’ôter sa chaussure), j’ai demandé bien distinctement à l’assemblée que je prenais à témoin que l’on cesse de me faire du pied en chaussette moite.

Maintenant que je suis mère… Hormis leur dire qu’ils sont des êtres humains avant même d’être hommes ou femmes, les élever comme tels pour qu’ils deviennent des personnes exceptionnelles d’un point de vue humain, que leur dire ?

Hannah a 18 ans maintenant. Paloma a 4 ans. Je hais qu’on leur dise qu’elles sont jolies. Et c’est tout. Car non, ce n’est pas tout. Elles sont effectivement très belles toutes les deux, l’une aussi brune que l’autre est blonde. Mais elles sont également tellement riches de caractère, d’opinions, d’altruisme et de gentillesse. Elles sont intègres dans leurs démarches respectives, et n’ont aucun besoin de se vendre ou de vendre quoi que ce soit car elles ne veulent pas être consommées. Elles veulent être actrices de leur vie. Pleinement. J’admire, et hormis leur faire la courte échelle pour qu’elles y arrivent, je ne peux pas faire grand-chose d’autre.

Je veux leur apprendre, à elles et à leur frère, le respect qui est dû à chaque être humain, qu’il soit homme ou femme, riche ou démuni, et que ce respect doit être, en qualité, le même pour chacun. Je veux aussi, selon leur âge, leur donner toutes les munitions nécessaires à leur compréhension du monde qui les entoure. Cela demande beaucoup de lectures, de moments d’arrêt sur la vie telle qu’on la vit, de recul, de dialogue, mais cela les aide profondément.

Tout cela est un peu en vrac (ma première chronique en vrac, je pense). Probablement parce que nous évoluons dans une société en vrac elle-même et qu’il est difficile de garder le cap.

 

Marquis Paris - Fashion Paris 2017

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