The little black dress

SOCIOLOGIE DU VETEMENT

Amusant de constater l’évolution sociologique du vêtement.

Même si nous ne disposons pas de pièces vestimentaires antérieures au 18ème siècle, les sociologues ont rapidement déterminé que le vêtement était, dans les temps anciens, un signe de statut social, reflétant le sexe, l’âge, la fortune et, plus que tout, l’appartenance à une classe sociale.

La mode était dictée par le roi et sa cour, les meilleurs exemples en étant la perruque à la binette créée spécialement pour Louis XIV ou la coiffure à la Fontange, créée accidentellement par l’une de ses maitresses.

Et – selon le modèle dit de Spencer, dès lors que les codes vestimentaires faisaient l’objet d’une appropriation par les classes sociales inférieures, les classes nobles en changeaient, dans un phénomène que Spencer a baptisé “la fuite des classes dirigeantes”.

Pour paraphraser Jean Stoetzel, le vêtement était dans la société et la société, dans le vêtement.

Le 20ème siècle a complètement bouleversé ces codes. Sous l’impulsion de créateurs comme Chanel ou Yves Saint Laurent, la mode est descendue dans la rue, et le nivellement des classes sociales a aplani dans le même élan l’investissement social que chacun mettait dans le vêtement.

Dans un premier temps, avec l’émergence des maisons de luxe, l’investissement que chacun a mis dans le vêtement n’avait plus pour fonction de refléter un statut de classe, mais un statut monétaire (ce qui revenait peu ou prou au même).

Dans un second temps, l’émergence des grandes enseignes accessibles a définitivement brouillé le jeu, car celles-ci ont effectivement fait descendre le luxe dans la rue, en copiant à moindre prix, les pièces majeures des grandes maisons. A moins d’avoir l’oeil excessivement acéré en se promenant dans les rues, il est devenu difficile de déterminer ce qui vient d’une maison comme H&M, d’une maison de l’avenue Montaigne.

Cette émergence a parfaitement coïncidé avec l’érection de l’individualité et le vêtement emporte aujourd’hui une signification – non plus sociale – mais personnelle et intime. Le vêtement, aujourd’hui, dit beaucoup plus de nous que de notre classe.

Pour autant, la mode ne vient toujours pas de la rue, mais bien, à mon sens, des maisons de luxe : je repense à cet égard à cette scène anthologique du film “Le diable s’habille en Prada” où Meryl Streep explique à la naïve Anne Hathaway le fonctionnement mercantile de la mode, où la futilité n’a en réalité aucune place.

Mais “il n’y a pas de mode si elle ne descendait pas dans la rue” : effectivement, pour des raisons autant sémantiques que mercantiles, une mode réussie suppose de nos jours l’adhésion du plus grand nombre. Et pour des raisons tout aussi mercantiles, la versatilité de la cliente est fortement encouragée, avec un renouvellement incessant, permanent et étourdissant des collections.

Sachant tout cela, à chacun de déterminer s’il donne sa préférence à la mode plutôt qu’au style, ce qui est bien différent.

En ce qui me concerne, je crois que vous connaissez la réponse. Le manteau présenté ici a bien dix ans, la robe Dior et les escarpins en ont la moitié, la ceinture Valentino date des années 1990 et le sac Gucci est tellement vintage que Gucci souhaitait me le racheter pour l’exposer. J’ai beau être descendue dans la rue pour cette séance-photo – Place de la Concorde, je suis vite-fait bien-fait montée dans l’une des fontaines, histoire de prendre un peu d’altitude :-)

 

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Marquis Paris - Fashion Paris - Avril 2017

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Robe Dior – Ceinture Valentino – Escarpins Giuzeppe Zanotti – Lunettes de soleil Miu Miu – Manteau Tara Jarmon – Sac Gucci

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